Présentation
Savoir ce qui ferait du bien et le faire sont deux métiers différents. Beaucoup de personnes consultent en étant déjà convaincues « intellectuellement » : il faudrait poser une limite, quitter un poste, consulter un médecin, réduire l’alcool, reprendre une activité, arrêter de se suradapter. Et pourtant, ça ne bouge pas. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est de l’ambivalence.
L’entretien motivationnel, développé par William Miller et Stephen Rollnick, est une façon de parler du changement sans forcer. Au lieu de convaincre, on aide la personne à entendre ses propres arguments, y compris ceux qui plaident pour le statu quo. Ces derniers sont souvent rationnels : la peur du conflit, la perte d’identité, la fatigue, la loyauté, le manque de relais.
C’est l’une des méthodes les mieux évaluées pour accompagner un changement de comportement, d’abord dans les addictions, puis dans l’adhésion aux soins, l’activité physique, ou d’autres habitudes de santé. En psychothérapie, je l’utilise moins comme un « programme » isolé que comme une posture, surtout au début d’un suivi ou lorsque ça bloque.
Pour qui
Il s’adresse aux adultes partagés. Ceux qui viennent « parce qu’il le faut » (entourage, médecin, travail) autant que ceux qui veulent changer et se sabotent. Il est utile dans la souffrance au travail, la reconversion, les difficultés relationnelles, le rapport au corps et au sommeil, et plus largement dès qu’un objectif de thérapie reste lettre morte.
Il n’est pas un traitement du traumatisme ni des TOC. Pousser la motivation pendant qu’une mémoire traumatique n’est pas traitable, ou pendant qu’une compulsion occupe le terrain, passerait à côté. L’entretien motivationnel peut toutefois préparer un travail plus spécifique : oser s’engager dans une exposition, accepter un EMDR, tenir une pratique de pleine conscience.
Il a peu de contre-indications en soi. Il demande simplement que la personne puisse dialoguer. En urgence vitale, on ne « motive » pas : on oriente vers les soins adaptés.
Déroulement
Le ton est collaboratif. Je résume, je m’assure d’avoir compris, je repère les écarts entre ce que vous dites tenir pour important et ce que le quotidien impose. On fait de la place aux deux voix, sans ridiculiser celle qui freine. C’est souvent elle qui protège.
Lorsque des paroles de changement apparaissent (« j’en ai assez », « je ne veux plus transmettre ça »), on les approfondit, au lieu de sauter tout de suite au plan d’action. Un plan trop tôt, trop parfait, est un classique de l’échec.
Ensuite seulement, on traduit en pas mesurables, éventuellement avec des outils TCC ou un cadre de thérapie brève. Les séances durent 45 minutes, en cabinet à Bourgoin-Jallieu ou en visio. L’entretien motivationnel peut n’occuper qu’une partie de la consultation, dès que l’ambivalence revient, ce qui est normal.
